2.6.11

Claire Ferchaud (1896-1972) une biographie court.


En 1916, le Christ apparaît à une bergère vendéenne et lui confie la mission de bouter les Allemands hors de France. Surnommée " la nouvelle Jeanne d'Arc ", la jeune Claire Ferchaud suscite tout d'abord l'enthousiasme des croyants qui espèrent en l'intervention divine pour que la victoire soit donnée à la France, " fille aînée de l'Église ". Mais la République laïque et anticléricale n'est pas une fille obéissante et, si le président Poincaré reçoit la bergère à l'Élysée, sa mission militaire et religieuse est bloquée par les autorités publiques. C'est que l'affaire est politique : Pour que la France soit victorieuse, le Christ a exigé que le pays se repente de ses erreurs républicaines et place son Sacré Cœur sur le drapeau national. Derrière cette histoire singulière, se profilent des luttes de pouvoir entre l'Église et l'État mais aussi, à l'intérieur de l'Église, entre républicains ralliés et réactionnaires patentés. A travers l'épopée dérisoire d'une Jeanne d'Arc en bleu horizon, Jean-Yves Le Naour explore les rapports complexes entre foi, patriotisme et politique, sur fond d'une société traumatisée par la guerre et prête à tout croire pourvu qu'on lui promette la fin des combats.

La Grande Guerre lui révèle l’agonie du Christ, le Coeur broyé par la France. A la fin de l’année 1916, les apparitions se multiplient.

Le 28 novembre, elle se trouve par la pensée dans la chambre du Président à genoux où une voix inconnue dit : " Raymond, Raymond ! Pourquoi me persécutes-tu ? " " Les temps sont mauvais sur la terre ; les coeurs sont broyés parfois, mais même dans l’épreuve on continue à m’outrager. Le mal se rallume dans les âmes, et c’est la France qui ouvre dans mon coeur cette blessure d’où s’échappent des flots de sang. Je veux tenter un dernier effort ; mon amour surpasse toute mesure : j’aime tant la France ; je veux la sauver. En mon nom, je te commande d’écrire au Chef de ceux qui gouvernent. L’image de mon Coeur qui doit sauver la France, c’est à eux que tu l’enverras. Si on la respecte, c’est le salut ; mais si on la foule aux pieds, ce sont les malédictions du Ciel qui tombent et écrasent tout le peuple. Va droit à ceux qui vous gouvernent. Si tu savais comme la conscience de ces gens-là est agitée ! Je remue leurs coeurs ; à toi maintenant de me faire connaître. La chose te paraît grave, mais obéis ; c’est le salut de ta Patrie " (26-11-1916).

" Les gouvernants sentent que Dieu seul peut les sauver. Mais, lâches qu’ils sont, ils vivent chacun dans leur milieu, cachant ces pensées au fond de leur coeur. C’est pourquoi tu vas écrire au Président lui montrant son devoir sur lequel tout le peuple doit se former. S’il ne se soumet pas à ce que je lui adresse par toi, de grands malheurs menacent sa personne et ses droits. Au contraire si, par lui, je suis gravé sur le drapeau français, dès le lendemain, il poursuivra l’ennemi qui fuira en désordre et le rejettera au-delà de la frontière. En peu de temps, c’est la paix pour toutes les nations " (16-12-1916).

Le 1er janvier 1917 elle écrit une lettre au Président Poincaré. Le 16, M. De Baudry d’Asson, député de Vendée, la remet en mains propres.

Une lettre ne suffit pas. La mission de Claire doit s’effectuer par des contacts, des relations avec le haut clergé, la haute politique. Interrogée fin décembre à Poitiers, sur sa mission, par une commission de théologiens, Claire reçoit l’accord de son évêque, Mgr Humbrecht.

Le 27 février, Claire écrit une deuxième lettre au Président Poincaré rappelant que « les francs-maçons sont les bourreaux de son Coeur adorable. C’est à vous qu’il demande de régner sur la France officielle, c’est par vous qu’il veut être peint sur le drapeau national ».

Le 1er mars, Jésus demande à Claire : " Va supplier le cardinal, demande-lui de passer cette nuit dans la basilique ; dis-lui qu’ensuite tu reprendras le chemin de ton village, emportant avec toi le grand secret national. "

Claire écrit le 6 au cardinal qui répond le 12 au chanoine Crépin, Supérieur de Montmartre, de faire accompagner la jeune fille toute la nuit, dans le plus grand secret.

La nuit d’Adoration Claire reçoit plusieurs secrets : La franc-maçonnerie trahit le secret de la France à l’ennemi, elle sera châtiée. " Je demande aux braves petits soldats de France, jusqu’aux généraux qui sont aux armées, de déployer le drapeau du Sacré-Coeur, malgré les défenses formelles qu’on fera autour d’eux, et que tous aillent de l’avant, je leur promets la victoire. " Claire transmet les messages au cardinal Amette le 18 mars y compris l’avertissement aux généraux.

Cette petite vendéenne, est reçue à l’Elysée le 21 mars par le Président Poincaré. L’audience n’apporte rien de positif, Poincaré se retranche derrière les lois laïques mais promet d’intervenir à la Chambre. En mai 1917 la situation militaire est catastrophique.

Claire Ferchaud, qui n’a décidément convaincu personne, s’adresse le 7 mai aux généraux de France, leur transmet le même message qu’à Poincaré.

" Mon général. C’est pour obéir à Dieu que j’ai l’honneur de faire connaître sa volonté à tous les généraux de France. Notre Seigneur qui aime tant les Francs leur demande d’accomplir un acte de foi vis-à-vis de sa royauté divine et de réclamer près du chef de l’État que l’image du Sacré-Coeur, signe d’espérance et de salut, brille officiellement sur nos couleurs nationales. En récompense de cet hommage rendu à Dieu par nos vaillants défenseurs, le Sacré-Coeur leur promet le salut et la victoire sur tous nos ennemis. C’est aussi pour éviter une catastrophe que Dieu fait avertir nos généraux de la perte que risque notre pauvre pays de France, qui conduit par un gouvernement impie et dont la franc-maçonnerie dirige la France à sa perte par d’affreuses trahisons. Qu’on me permette d’exposer l’avertissement que Notre Seigneur dans sa bonté fait connaître à tous les bons Français. Je revis Notre Seigneur pleurant sur la France. Il parla et il dit : Le peuple de France est à deux doigts de sa perte ; le traître vit au coeur de la France ; c’est la franc-maçonnerie qui, pour obtenir la perte éternelle de ce pays, d’accord avec l’Allemagne, a engendré cette guerre ; les trahisons se poursuivent et, si quelqu’un pouvait pénétrer dans l’intérieur de plusieurs cabinets, il en découvrirait les pièges. Sans moi, la France serait perdue, mais mon amour qui veut la vie de cette France arrête le fil électrique qui communique le secret de la France à l’ennemi. La franc-maçonnerie sera vaincue. De terribles châtiments fondront sur elle. Mais je demande aux braves petits soldats de France, jusqu’aux généraux qui sont aux armées, de déployer le drapeau du Sacré-Coeur malgré les défenses formelles qu’on fera autour d’eux, et que tous, officiers et soldats aillent de l’avant. Je leur promets la victoire. La franc-maçonnerie, le gouvernement actuel, seront châtiés. Non, Satan aura beau faire, jamais la France ne lui appartiendra. " Cette communication eut lieu le 16 mars 1917.

Cette lettre fut écrite à quinze exemplaires et envoyée aux généraux suivants :
Lyautey, ministre de la Guerre dans le précédent ministère (Briand) ; Pétain, généralissime ; Micheler, commandant la l ère armée ; Guillaumat, commandant la 2e armée ; Humbert, commandant la 3e armée ; Gouraud, commandant la 4e armée ; Passaga, commandant la 5e armée ; Maistre, commandant la 6e armée ; Boissoudy, commandant la 7e armée ; Gérard, commandant la 8e armée ; Duchesne, commandant la 10e armée ; et aussi les généraux : de Castelnau, Nivelle, Fayolle, et Foch.


Née en 1896 à quelques kilomètres de Saint-Laurent-sur-Sèvre, Claire Ferchaud a vécu dès son enfance dans l'atmosphère du catholicisme le plus conservateur. Passons sur le récit qu'elle donne de ses premières années – vocation précoce, relations quotidiennes avec l'Enfant Jésus, qui partageait ses jeux – pour arriver à cette année 1917 où prend corps le projet qui orientera désormais sa vie : Créer une congrégation de victimes volontaires vouées, sous le signe du Sacré-Cœur, à souffrir pour la France et lui assurer une victoire à la fois militaire, contre l'Allemagne, et spirituelle, contre les adversaires de la foi. Ce projet n'a rien de très singulier : il se situe dans la ligne du culte du Sacré-Cœur, tout en reprenant la dimension prophétique que lui conférèrent, dans la seconde moitié du XIXe siècle, les innombrables messagères de la Vierge et autres stigmatisées « nationales » – Louise Lateau, Marie-Julie Jahenny, etc. Où les choses deviennent plus piquantes, c'est dans la première étape de cette mission. Nouvelle Marguerite-Marie, Claire écrit le 16 janvier 1917 au président de la République, Raymond Poincaré, pour lui transmettre un message du Sacré-Cœur de Jésus, toujours le même : Son image doit figurer sur le drapeau français. En même temps, nouvelle Jeanne d'Arc, elle se dit investie d'une « mission nationale » salvatrice (sous sa nouvelle bannière, la France gagnera immédiatement la guerre) et se rend elle-même à Paris, comme Jeanne à Chinon, pour rencontrer ce succédané de roi qu'est le président de la République et réitérer sa demande. L'audience, obtenue par la médiation d'un député conservateur de Vendée, a lieu le 21 mars 1917. Elle n'a, bien entendu, aucune suite. De fait, l'image du Sacré-Cœur, diffusée à des millions d'exemplaires, était déjà bien présente dans les tranchées, au point qu'une circulaire du ministère de la Guerre du 6 août 1917 (contresignée, ironie de l'histoire, par Pétain) en interdit l'exhibition.

Revenue dans ses Mauges natales, Claire organisa la vie d'une communauté de « vierges réparatrices » qui reçut, dans un premier temps, l'appui des autorités religieuses. Mais, le 24 mars 1920 (moins de deux mois, donc, avant la double canonisation de Jeanne et de Marguerite-Marie), un décret du Saint-Office condamnait la nouvelle congrégation. Au lieu de se soumettre, Claire s'obstina et vécut jusqu'à sa mort (1972) en marge de l'Eglise, maintenant autour d'elle une petite communauté de dissidentes qui subsista en ouvrant une école d'enseignement ménager. Ses écrits ultérieurs, en même temps qu'ils sont une entreprise toujours renouvelée d'auto-justification, permettent d'avoir une vue exacte de ses idées : Claire était et demeura royaliste, antisémite, hostile à la franc-maçonnerie et au communisme. Il n'est guère étonnant qu'elle fasse toujours partie des figures tutélaires de l'intégrisme, à côté des stigmatisées d'hier et d'aujourd'hui et des pourvoyeuses de messages apocalyptiques de la Vierge. Un long article lui a été consacré en 1992 dans le n° 132 de L'Impartial. Bulletin d'information des enfants de Notre-Dame-de-la-Salette et de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, édité à Beaupréau, au cœur de la Vendée militaire ...


Sacré-Cœur de Jésus, priez pour nous!
Brantigny

trouvé à Pages 14-18

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